Mais alors… c’est quoi le Web 3.0 ?

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Web 3.0 par ci, Web 3.0 par là… Le terme, inventé en 2014 par Gavin Wood (co-fondateur de la blockchain Ethereum) est depuis devenu un terme fourre-tout utilisé par de nombreuses personnes qui n’en comprennent pas toujours le sens ni la portée. Mais alors… c’est quoi le Web 3.0 ?

Une définition couramment admise est celle d’une troisième génération des services Internet qui ont pour particularité d’être basés sur des blockchains publiques. Mais alors… c’est quoi des blockchains publiques ?

Une définition là aussi couramment admise est celle d’un registre de données décentralisées. Mais alors… c’est quoi la décentralisation ?

Vous l’avez compris, la quintessence du Web 3.0 est la décentralisation. Intéressons-nous donc à son formidable fonctionnement.

Pour établir un registre de données décentralisées il faut qu’un ensemble d’acteurs en possèdent une copie identique et pour ce faire il faut qu’ils s’accordent régulièrement sur les nouvelles données à inclure dans ce registre. De nombreuses personnes (Cypherpunk etc…) ont tenté de résoudre cette problématique depuis plusieurs décennies jusqu’au jour du 11 février 2009. Ce jour-là une personne du pseudonyme de Satoshi Nakamoto a proposé sa solution, simple et révolutionnaire, permettant d’établir un consensus malgré la présence d’enjeux importants et de conflits d’intérêts entre acteurs. Le Bitcoin et son mode de gouvernance novateur était né. Pour comprendre les grandes lignes de cette solution prenons un exemple de la vie courante.

Fonctionnement d’un système centralisé

Dans un collège, un professeur de sport fait passer un examen à ses élèves : ceux-ci doivent courir un 100 mètres le plus rapidement possible. Un système technique chronomètre chaque élève puis transmet les résultats au professeur qui est alors en charge d’établir le classement final. Cette façon de fonctionner, tout le monde la connait : il s’agit d’un système centralisé dans lequel le professeur est le garant des résultats. Ce système nécessite que tous les élèves accordent leur confiance à ce professeur censé ne commettre aucune erreur et être impartial. Mais imaginons à présent que les 3 premiers élèves de ce contre-la-montre soient récompensés par un contrat chez Nike à 1 million d’euros, il est alors probable que le professeur fasse l’objet de pressions ou de tentatives de corruption de la part de certains élèves. Quant à l’erreur, bien qu’humaine, elle serait inexcusable.

Comment dès lors établir des résultats sans risque d’erreur et de manière assurément impartiale ?

Fonctionnement d’un système décentralisé

Satoshi Nakamoto propose d’ouvrir une salle de classe au public. Ce public pourrait ainsi établir conjointement les résultats officiels grâce à un système dit de « Proof-Of-Work » (Preuve de travail). Vous, moi, n’importe qui pourrait s’y rendre à condition d’être muni d’un stylo et d’une feuille blanche. Pourquoi s’y rendre ? Pour la simple et bonne raison qu’une partie des gains servirait à rémunérer les meilleurs d’entre nous pour leur travail. Dans cette classe se trouveraient une estrade et une télévision sur laquelle s’afficheraient 3 informations après la course de chaque élève : le nom de l’élève, son temps et une équation mathématique à résoudre. Et voici comment la validation des résultats fonctionnerait :

Suite au passage du premier élève s’affiche sur l’écran : « Forest, 12:15 » ainsi qu’une équation mathématique. Un certain Jonas trouve le résultat de cette équation en premier et se précipite sur l’estrade pour partager son résultat (sa « preuve de travail »). Il montre aussi sa feuille sur laquelle est inscrit « Forest, 12:15 sec ». Si sa solution mathématique et les informations écrites sur sa feuille sont correctes, chaque personne présente valide alors ce résultat en inscrivant aussi sur sa propre feuille blanche « Forest, 12:15 ». De plus chacun accepte que Jonas soit rémunéré pour la preuve de travail qu’il a apporté.

Après la course du second élève s’affiche sur l’écran : « Usain, 09:58 » ainsi qu’une nouvelle équation mathématique. Yliès en trouve la solution en premier et expose au public sa solution puis montre sa feuille sur laquelle est inscrit : « Usain, 09:58 / Forest, 12:15 ». Ces informations étant correctes tout le monde s’accorde pour valider ces résultats en les inscrivant sur sa propre feuille et en acceptant de rémunérer Yliès.

C’est ainsi que chaque validateur maintient, indépendamment et selon ce protocole, un registre de l’ensemble des résultats depuis l’arrivée du premier élève. Vous noterez au passage que si Yliès n’avait pas validé le résultat précédent en l’inscrivant sur sa feuille, il n’aurait obtenu ni la validation de ses pairs ni sa rémunération. Tous les validateurs ont donc financièrement intérêt à suivre le protocole et à valider des résultats corrects.

Seul un groupe représentant au moins 50% des validateurs pourrait s’accorder pour valider tous ensemble des faux résultats, chose possible dans une salle de classe de 40 validateurs, chose impossible quand il s’agit de valider des transactions Bitcoin. En effet les validateurs sont au nombre de plusieurs dizaines de milliers, attirés notamment (pour ce qui est des « mineurs ») par les 900 bitcoins qui leur sont versés quotidiennement pour leur travail. De plus des faussaires devraient travailler avec acharnement pour résoudre en premier et successivement les résultats des problèmes mathématiques très complexes posés par le réseau Bitcoin. Ce n’est qu’en apportant leur preuve de travail au coût financier et matériel rédhibitoire qu’ils pourraient espérer fausser le registre. Pour finir et c’est bien le comble, la réussite d’une telle opération n’empêcherait pas le réseau Bitcoin de continuer à fonctionner normalement en parallèle. Ces faussaires auraient seulement réussi à créer un « fork », une autre version du Bitcoin, qui ne serait suivie que par eux-mêmes car les autres mineurs ne reconnaitraient pas leurs données incorrectes. Aussi, quels utilisateurs souhaiteraient utiliser ce nouveau Bitcoin NSA ou PCC ? Avis aux amateurs.

Une blockchain décentralisée est donc incensurable et inaltérable. Son maintien repose sur l’existence d’une cryptomonnaie et elle fonctionne idéalement en « Proof-Of-Work ». A l’inverse, un système dit de « Proof-Of-Stake » (« Preuve d’enjeu ») comme Ethereum donne le pouvoir de validation aux plus gros détenteurs d’ethers remettant en cause la décentralisation et conduisant avec le temps à une accumulation dangereuse de ce pouvoir.

Les possibilités qu’offre une blockchain véritablement décentralisée, que rien ni personne ne peut contrôler, sont révolutionnaires.

Bitcoin, la blockchain la plus décentralisée et intrinsèquement liée à la cryptomonnaie du même nom.
Les conséquences révolutionnaires de la décentralisation

Le monde découvre de jour en jour les conséquences et les opportunités que représente l’invention de Satoshi Nakamoto dans de nombreux domaines où existent des risques d’erreur ou de voir des intérêts personnels prendre le dessus sur l’intérêt général. Il est fort probable que nous sous-estimions encore l’ampleur des changements en termes de gouvernance que cette invention apportera à nos sociétés aux pouvoirs centralisés.

Une conséquence perceptible qui révolutionne déjà de nombreux domaines est l’affranchissement de toute autorité centrale pour stocker et transférer de la valeur sous forme de FTs (« Fongible Tokens » tels que bitcoin) ou de NFTs (« Non Fongible Tokens »). De plus ces blockchains gratuites qui ne requièrent aucune autorisation et sont ouvertes à tous permettent des transferts instantanés ou quasi-instantanés d’un bout à l’autre de la planète pour un coût négligeable. Il est donc logique qu’un nombre toujours grandissant de personnes et d’entreprises les utilisent pour s’affranchir des contraintes financières imposées par les banques, banques centrales et gouvernements du monde entier.

C’est par exemple grâce à la décentralisation qu’un investisseur congolais peut financer le projet d’un génie programmeur philippin de 15 ans, chose impossible sans décentralisation. En effet la majeure partie des africains ne dispose pas de compte en banque et l’ensemble du continent est soumis à des contrôles monétaires limitant grandement ou interdisant tout simplement d’envoyer son argent à l’étranger (tout comme du reste la majeure partie du monde… Inde, Chine, Amérique Latine…). Quant au programmeur de 15 ans son âge l’empêcherait de détenir un compte en banque et encore moins aux Philippines où même les adultes ne sont que 29% à bénéficier de services bancaires.

Plus généralement dans notre monde plus de 2 milliards de personnes ne possèdent pas de compte en banque. 3 milliards de plus n’ont accès qu’à des services bancaires très basiques. Enfin 80% des êtres humains sont soumis à un contrôle monétaire strict. Dans un tel environnement bancaire injuste et liberticide comment ne pas s’enthousiasmer de l’alternative que représente une blockchain décentralisée ? Comment ne pas anticiper la révolution monétaire et financière que représente l’ouverture soudaine de canaux financiers incensurables permettant à tous de transférer de la valeur pour un coût négligeable à la vitesse de la lumière dans le cyber-espace ? C’est une véritable ébullition de la créativité et des échanges au niveau mondial à laquelle il faut s’attendre. Les 12 milliards de dollars transférés quotidiennement en cryptomonnaies sur les seules blockchains Bitcoin et Ethereum ne sont probablement qu’un modeste début. Cette révolution a déjà commencé à remplacer les services de Western Union dans de nombreux pays comme le Salvador. Elle fait germer et grandir de nombreux projets partout dans le monde dont certains ont déjà levé des montants très significatifs en vendant des FTs ou des NFTs.

C’est donc la décentralisation qui se cache derrière les belles expressions de « Blockchain » et de « Web 3.0 ». C’est son degré de décentralisation qui différencie une véritable blockchain de simples données partagées. C’est son degré de décentralisation qui différencie une application du Web 3.0 d’une application du Web 2.0.

La décentralisation EST l’invention de ce début de siècle. Quelques jolis mots marketing ne parviendront ni à dompter ni à polir cette révolution qui n’appartient à personne et ne négocie pas. Elle écrit désormais notre histoire commune et offre accessibilité, sécurité, neutralité et égalité pour tous.

Profitons-en pour remercier Satoshi.

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Guillaume D.

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